Madagascar, l’autre pays du foie gras et du caviar

Zoom sur plusieurs entreprises malgaches qui ont relevé le défi de développer des produits de luxe sur la Grande Ile. Un article écrit par Laure Verneau chez Le Monde

A la question « Caviar ou foie gras ? », Madagascar répond « les deux » ! Car cette île où 75 % de la population vit avec moins de 2 euros par jour produit aussi ses mets de luxe. « Pour nous, développer un pays pauvre passe par les produits à forte valeur ajoutée », explique d’emblée Delphine Dabezies, cofondatrice de l’entreprise Rova Caviar.

Pour elle et son époux, Madagascar n’est plus seulement l’île de la vanille ou des litchis. Installé là depuis vingt-trois ans, le couple a choisi le lac Mantasoa, à trois heures d’Antananarivo, « pour la pureté de son environnement » et la présence d’un lac uniquement alimenté par les eaux de pluie. Là, le couple Dabezies et leur associé Alexandre Guerrier ont ouvert en 2017 la première ferme d’esturgeons d’Afrique et de l’océan Indien.

Ecloserie, provenderie, laboratoire de transformation : Rova caviar emploie près de 300 personnes sur ses 2 000 hectares. Et hors les esturgeons, importés de Russie, toute la transformation des œufs en « or noir » se fait là, au milieu des eucalyptus. Jusqu’aux granulés pour nourrir les poissons, confectionnés par des agriculteurs du coin.

La première pierre du projet remonte à 2009, les premiers œufs sont arrivés à maturité en 2013 et les Français espèrent atteindre un rythme de croisière d’ici à 2026. « Au début, personne n’a pris notre projet au sérieux, pas plus les banques que notre entourage », explique celle qui exporte déjà vers la France et les Etats-Unis. Restaurateurs, particuliers, grossistes distributeurs, achètent dans la Grande Ile et revendent sous leur propre marque.

Bassins de pisciculture d’esturgeons de l’entreprise Rova Caviar dans le lac Mantasoa, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Antananarivo, la capitale malgache. Rova Caviar

Pour une qualité de caviar optimale, la ferme ne sélectionne que des espèces pures d’esturgeon, dont le béluga et le Persicus, pourtant déclaré disparu. « Le premier ministre iranien est pourtant venu en personne avec une délégation ici, à Madagascar, pour en constater la résurgence. Il n’en revenait pas ! », rappelle la productrice, heureuse de ce petit miracle.